Encore les corps de(s)voiles et des blessures

Publié le par Francoise

 

Devant le photographe, Marilyn a le même geste que Phryné devant l'Aéropage telle qu'elle est peinte par Gérôme en 1861: au moment où un homme arrache son voile et la dénude sous les regards de l'assemblée, elle cache son visage derrière son bras replié. Marilyn venait de se faire opérer et s'inquiétait de sa cicatrice au flanc droit. Pour apprivoiser entre eux la nudité, le photographe lui propose de jouer avec des foulards. Leur transparence ne dissimule rien ou pas grand chose, elle le sait, mais le mince tissu la protège, elle se cache, fait mine de se cacher, de cacher la cicatrice qu'elle ne veux pas montrer, elle en sait long sur l'efficacité de la soie à cacher tout en montrant, mais que sait-on, nous, de ce qu'elle veut dissimuler et montrer en même temps? Soudain, elle lâche le foulard, dévoile sa cicatrice et, à ce moment précis, cache son visage derrière son bras replié comme si l'aveu d'une blessure ne pouvait se faire que dans l'effacement du regard, dans la soustraction du visage.

 

 

Nathalie Léger L'Exposition 2008


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