Propos pratiques à propos de ma pratique

Publié le par Francoise

 

La photographie est à la base de ma pratique, bien que détournée, digérée, dans un processus l'amenant à questionner l'image, son rapport au réel ainsi que son aura *, particulièrement dans la série «Mémoire-Miroir» en cours de réalisation.

S'inscrivant en partie dans la tradition de la nature morte, ce travail traite de la mémoire personnelle et collective. Je la décris ainsi sur mon blog:

 

De tous petits formats carrés, pour s'approprier ce qui est déjà passé, ou n'a même pas été.Travail destiné à faire surgir les causes involontaires qui construisent cette nostalgie.

 

Elle se présente sous formats de15x15 cm, avec des sous-séries organisées par thèmes ( Rebords, Cheminements, Germes, Paysages, Intérieurs, Objets...) mais aussi par correspondances plastiques et résonances poétiques, à partir de prises de vues numériques de mon environnement proche.

Les photographies, retouchées ou non numériquement sont repeintes au verso puis transférées sur miroir, créant ainsi une dialectique entre l'image, son référent et l'observateur. Le résultat se situe entre empreinte du réel et artifice de l'image, entre surface et profondeur, réelle et suggérée...

 

Cela fait longtemps que je travaille sur l'image en tant que matériau, tout en cherchant à en sonder les limites. Enfant, je pratiquais dans le labo familial la photographie argentique, fonctionnant plutôt à l'instinct, au «bout d'essai» pour révéler les images, accumulant les petits papiers déchirés aux variations infinies. Mais c'étaient en fait les négatifs qui me fascinaient le plus, en ce sens qu'ils contenaient déjà le tout à venir, à l'inverse et en transparence...

Quand j'ai commencé mes études artistiques, la peinture m' a été imposée, et très vite je me suis mise à travailler sur la transparence des médiums picturaux, l'influence des supports, et la place que pouvait y prendre l'image en tant que matériau même. Je travaillais parallèlement toujours la photographie, dans une sorte d'enquête introspective, cherchant à trouver dans l'image une vérité qui m'aurait échappée.

Avec l'apparition du numérique, la question du virtuel est venu nourrir ma pratique, mais toujours dans sa confrontation à la réalité de l’œuvre. Je me suis ainsi lancée dans une série de fausses photographies, qui donnaient néanmoins des indices factices d'une réalité, d'une atmosphère, d'une scène qui (n')auraient (pas) pu exister (sous-exposition, accidents techniques lors des bains etc.).

Je n'abandonnais pas pour autant cette recherche de transparence, imprimant sur différents supports, emprisonnant les images dans des strates de peinture, de papiers là encore déchirés...

 

C'est dans la série «9Xmoi, poème-image» que pour la première fois le mot transfert est apparu dans le texte, et que la technique du même nom a été mise en oeuvre. Je travaille donc par transfert: techniquement, artistiquement et psychanalytiquement...

 

Françoise Bonnerot, le 01/10/2013

 

* «l'unique apparition d'un lointain si proche soit-il», Walter Benjamin, La photographie à l'époque de sa reproductibilité technique, 1935

Publié dans Un peu de réflexion

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