Quinet: Le trou du regard

Publié le par Francoise

Trou du regard

"Dans notre parcours, nous avons fait tourner la théorie psychanalytique autour du regard - ce trou illuminé et jouissif qui se place au lieu de l'Autre pour le sujet.  

 

La structure moëbienne de la  boucle de la pulsion scopique "regarder-être regardé" s'articule avec la castration dans l'Autre où la refente du sujet est l'effet de la double fente de l'oeil et du sexe de l'Autre.  Cette refente du sujet qui se divise devant la castration de l'Autre se répercute sur le champ visuel et sur la réalité qui est constituée comme un voile sur le manque phallique et sur le regard qui échappe alors à la perception de cette réalité.  La réalité visuelle du percipiens se soutient de ce rideau qui voile et le manque dans l'Autre et la présence du regard qui le connote.

 

En tant qu'objet de la pulsion scopique il est l'objet exemplaire de la psychanalyse, car le démontage de cette pulsion permet de montrer le mieux le statut d'objet du sujet dans la boucle de la pulsion.

 

C'est la pulsion scopique qui confère le caractère de beauté à l'objet désiré du monde sensible et permet au sujet de le "toucher des yeux" et de le déshabiller du regard.  La jouissance scopique, la Schaulust que procure cette pulsion est la jouissance des spectacles mais aussi celle qui procure l'horreur, car le regard ne peut nullement se voir au prix de l'aveuglement du sujet si ce n'est par sa disparition, car toute pulsion est aussi pulsion de mort.

 

La pulsion scopique ne trouve pas d'étayage sur un besoin comme les pulsions orale et anale. Pas besoin du regard, mais du désir. Il n'y a pas de phase scopique du développement libidinal car le scopisme est constituant de la libido, du désir lui-même - voilà pourquoi la pulsion scopique est paradigmatique de la pulsion sexuelle. Elle confère à l'oeil, la fonction haptique, de toucher par le regard, de dévêtir, de caresser des yeux. Le champ visuel est optique certes mais la pulsion sexuelle le rend haptique.

 

Le regard comme objet a est celui qui figure le mieux ce caractère agalmatique de l'objet cause de désir.  L'agalma est toujours décrit par son éclat, sa beauté, ce qui brille comme un joyau qui fulgure sous la lumière, comme un point d'où part la lumière, pouvant ainsi figurer le regard comme objet a. L'objet agalmatique vient  représenter le regard comme objet a autour duquel la pulsion fait le tour et comme tel est cause de désir pour celui qui est pris par son piège, attiré par son charme.  Le caractère de l'objet agalmatique comme parure, ornement qu'on offre aux dieux est comme le trompe-l'oeil, un piège à regards: l'agalma trompe l'oeil pour faire valoir le regard.  C'est  bien la pulsion scopique qui fait d'une personne un objet excitant et charmant avec le caractère du beau.  L'objet regard en tant qu'objet pulsionnel émerge dans le champ désirant du sujet habillant de beauté celui qui cause le désir du sujet, la pulsion agalmatise l'objet en l'habillant de beauté.

 

Avec l'étude sur la pudeur nous avons pu conclure que  le regard comme  objet "rougissant" de désir, dévoilant  la position féminine comme celle du regardé et la position masculine, du regardant. Phallus et regard se conjoignent ainsi sur le corps de la femme. Le regard comme objet a à la place du (- ) de la castration vient supléer La Femme qui n'existe pas.

 

Le savoir pour tout sujet trouve sa force pulsionnelle dans la pulsion scopique et le désir de savoir est une transformation, une dérivation du désir de voir. Celui-ci est articulé, comme tout désir, à des obstacles (refoulement, démenti, forclusion) qui peuvent se traduirent par sa négation, un "je n'en veux rien savoir". Une analyse menée à son terme permet la levée de l'obstacle au désir de savoir."

Antonio Quinet

http://lacanian.memory.online.fr/AQuinet_Troureg.htm

Publié dans Un peu de réflexion

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