Un vieil article, il y a quatre ans...

Publié le par Francoise

Pas très faim

Hier en fin d' après-midi j'ai collé ma fille à la crêche et je suis allée au Crac .

"Faire des choses avec des mots". C'est le titre.

Salle 3, il  y a une installation vidéo de Paul Mc Carthy, éteinte .Une nana dans mon genre s'avance précipitamment et me dit un peu génée que "si si ça marche", que je ne suis pas obligée mais quand même..., que l'artiste à imposé un protocole: il faut se déguiser en Pinocchio. Il y a 5 costumes sur un portant. De bonne composition à ce moment là, j'accepte. Elle me propose de m'épargner les chaussures, m'aide à enfiler l'habit en s'inquiétant pour ma jupe et m'explique comment tricher pour enlever en partie le masque sans pour autant l'abîmer. Et puis veut savoir, l'air peu convainquant, si je vais rester les 40 minutes de projection...

A croire qu' elle  réalise  une performance.

J'entre dans la pièce et m'assieds devant l'écran où le mec, évidement déguisé en Pinocchio, remplit de nourriture un pantin lui même affublé du costume, et ce par le nez qui est en fait un tuyau. Quitte à jouer le jeu de la mise en  abîme, je regrette les chaussures, tout en me demandant si Pinocchio avait les mêmes. Pour moi qui suis en pleine médusation myspacienne (n'ayons pas peur d'inventer des mots) l'expérience aurait pu s'avérer riche. Mais j'ai dû tenir 3 minutes, le masque sentant horriblement mauvais.

Sur le papier, je serai du style à trouver l'idée excellente, mais en réalité ça n'a pas fonctionné. Et encore, j'étais seule... Imaginons 5 quidams dissertant sur le degré d'insupportabilité du masque, les causes de cette odeur, tout en se posant la question de savoir si Pinocchio portait des chaussures de clown, et l'effet recherché est totalement loupé... Je cite ( et coupe)  le livret d'exposition: " faire l'expérience d'être dans le costume,  le masque, la peau ...est très troublant. Stade du mirroir inversé, régressif, où "je" serais le même...révélant les instincts les plus bas et communs... métaphore étendue à toute l'humanité". Sans doute y ai-je mis de la mauvaise volonté, je dois manquer d'ouverture... Sans déconner. J'aurai dû admettre l'idée de marner durant près d'une heure dans mon masque puant, lui-même métaphore de l'humanité productrice de divers fluides corporels et chimiques.

J'ai poursuivi ma promenade craquesque très rapidement, tout en analysant l'odeur qui me collait à la peau, et  me questionnant  sur la déception ressentie face à certaines oeuvres: maladresse,  manque de maîtrise, bricolage...qui nuisent au propos quand ils sont inutiles sémantiquement ou poétiquement, et qui mènent  le regardeur un peu partout sauf là où l'artiste le voudrait  ...C'est pas nouveau. Mais c'est un sentiment que je ressens de plus en plus fréquemment, et ça me gonfle.

Après quoi je suis allée récupérer mon Toto, puis j'ai tenté de la gaver, c'était l'heure. Mais par la bouche.

Ca n'a pas marché non plus.

 

 

drohojowska-philp11-14-3.jpg

 

McCarthyMen.jpg

Publié dans Un peu de réflexion

Commenter cet article